Dossier 04 · Immigration et asile · avant de lire

Selon vous, quelle part des habitants de la Belgique est née à l’étranger ?

10,0 %
Passer
Dossier 04 · une question du débat

Immigration et asile

Combien de personnes arrivent, pourquoi, et que sait-on de leurs effets ? Trois définitions à ne pas confondre, un siècle d’histoire, trois fiches, l’état de la recherche et douze lectures pour en débattre.

20,2 %des habitants sont nés à l’étranger, contre 14,4 % dans l’UnionEurostat migr_pop3ctb, 1er janvier 2025
14,2 %n’ont pas la nationalité belgeEurostat migr_pop1ctz, 1er janvier 2025
27 540premières demandes d’asile en 2025, soit 2,3 pour 1 000 habitants (Union : 1,5)Eurostat migr_asyappctza
47 %des premiers titres de séjour délivrés pour raisons familialesEurostat migr_resfirst, 2025

Dossier vérifié le 11 octobre 2026 · 35 affirmations contrôlées à la source · 26 sources liées · voir le registre · corrections
Prochaine mise à jour : données d’asile 2026 d’Eurostat (printemps 2027)

Comprendre en deux minutes

Combien de personnes arrivent, pourquoi, et qu’est-ce que cela change ?

Un habitant sur cinq est né à l’étranger (20,2 % en 2025), dont quatre sur dix dans un autre pays de l’Union. Depuis dix ans, la population belge augmente presque uniquement par les migrations : +620 000 personnes de solde migratoire entre 2016 et 2025, contre +24 000 pour l’excédent des naissances sur les décès. L’asile ne représente qu’une partie de ces arrivées : la famille est le premier motif des titres de séjour. La principale difficulté documentée est l’emploi : 60,7 % des personnes nées hors de l’Union travaillent, contre 75,0 % des personnes nées en Belgique.

  1. Immigré, étranger et demandeur d’asile désignent trois populations différentes : ne les mélangez pas.
  2. L’immigration n’est pas récente : la Belgique a recruté des travailleurs étrangers dès 1946, et comptait déjà 8,9 % d’étrangers en 1981.
  3. La recherche trouve des effets moyens faibles sur les salaires des natifs ; l’effet sur les finances publiques dépend surtout du taux d’emploi des immigrés.
Approfondir ↓
Avant les chiffres · les définitions

Trois mots, trois populations.

Le débat public emploie souvent ces mots l’un pour l’autre. Ils ne comptent pourtant pas les mêmes personnes, et un même individu peut entrer dans une catégorie sans entrer dans l’autre.

Lieu de naissance

L’immigré

20,2 % de la population en 2025

Une personne née à l’étranger qui vit en Belgique, quelle que soit sa nationalité actuelle. Elle reste « née à l’étranger » toute sa vie, même devenue belge.

Exemple : une Belge née à Kinshasa est immigrée, mais pas étrangère.

Nationalité

L’étranger

14,2 % de la population en 2025

Une personne qui n’a pas la nationalité belge, même si elle est née en Belgique. Ce chiffre baisse chaque fois que quelqu’un devient belge, sans que personne ne bouge.

Exemple : un enfant italien né à Liège est étranger, mais pas immigré.

Procédure

Le demandeur d’asile

27 540 premières demandes en 2025

Une personne qui demande une protection internationale parce qu’elle craint d’être persécutée ou de subir des atteintes graves dans son pays. Si la protection est accordée, elle devient réfugiée ou bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Les Ukrainiens arrivés depuis 2022 relèvent d’une autre procédure : la protection temporaire.

→ c’est pour ça que le pari du début pouvait donner trois réponses

Histoire · un siècle d’immigration

Un pays d’immigration depuis bien plus longtemps qu’on ne le croit.

En 1930 déjà, 3,8 % des habitants de la Belgique étaient étrangers. La part a doublé avec les recrutements de l’après-guerre, s’est stabilisée autour de 9 % pendant vingt ans, puis remonte depuis le milieu des années 2000.

Part des personnes de nationalité étrangère dans la population, en %. 1930-1991 : M. Poulain (UCLouvain, 2017), d’après les recensements et le Registre national ; 1998-2025 : Eurostat, migr_pop1ctz (rupture de série en 2011). Ligne rose pointillée : part des personnes nées à l’étranger, Eurostat, migr_pop3ctb, disponible depuis 2010. Consulté le 11 octobre 2026.

attention

La part des étrangers ne dit pas combien de personnes arrivent : elle baisse quand des étrangers deviennent belges. La réforme du Code de la nationalité de 1984, puis la loi du 1er mars 2000, ont facilité l’accès à la nationalité : plus de 600 000 étrangers sont devenus belges depuis 1985 (Martiniello et Rea, 2012). C’est une raison pour laquelle la courbe stagne dans les années 1990 alors que des personnes continuent d’arriver.

  1. 1946

    Le charbon contre les hommes

    Un protocole avec l’Italie prévoit 50 000 travailleurs pour les mines belges ; l’Italie reçoit en échange du charbon, payé au prix plein. Le 8 août 1956, la catastrophe du Bois du Cazier, à Marcinelle, tue 262 mineurs, dont 136 Italiens.

  2. 1964

    Maroc et Turquie

    La Belgique signe des conventions de recrutement de main-d’œuvre avec le Maroc et la Turquie.

  3. 1974

    L’arrêt officiel

    Le 1er août 1974, le gouvernement limite strictement l’immigration de travail. Les arrivées continuent, surtout par le regroupement familial et, plus tard, par l’asile.

  4. 2000 et 2009

    Régularisations

    En janvier 2000, environ 36 000 dossiers couvrant quelque 50 000 personnes sont introduits ; une seconde campagne a lieu fin 2009. La même année 2000, devenir belge devient possible par simple déclaration.

  5. 2015 et 2022

    Deux pics

    39 065 premières demandes d’asile en 2015, venant d’abord de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. En 2022, année de l’invasion de l’Ukraine, 63 210 personnes bénéficient de la protection temporaire en fin d’année et le solde migratoire atteint un record (127 502).

1946-2009 : M. Martiniello et A. Rea (2012), Une brève histoire de l’immigration en Belgique, Fédération Wallonie-Bruxelles. 2015 et 2022 : Eurostat, migr_asyappctza, migr_asytpsm et demo_gind.

Trois idées reçues

Idée reçue

« L’immigration, c’est surtout l’asile. »

Faux. En 2024, 38 % des personnes venues s’installer en Belgique étaient des citoyens d’un autre pays de l’Union et 10 % des Belges qui rentraient. Parmi les premiers titres de séjour donnés à des non-Européens, la famille arrive en tête (47 % en 2025). Les premières demandes d’asile équivalent à environ un cinquième des arrivées.

Idée reçue

« L’immigration est un phénomène récent. »

Faux. La Belgique comptait 3,8 % d’étrangers en 1930 et 8,9 % en 1981. Elle a recruté elle-même des travailleurs en Italie, au Maroc et en Turquie. Ce qui est récent, c’est la hausse depuis 2005 et la diversité des origines.

Idée reçue

« Les immigrés prennent le travail des Belges. »

Pas en moyenne, mais… La recherche trouve des effets moyens très faibles sur les salaires et l’emploi des natifs. Les effets négatifs, quand il y en a, touchent surtout les immigrés déjà installés et les travailleurs peu qualifiés. Voir la recherche.

Fiche 01 · fait

94 % de la croissance de la population.

Entre le 1er janvier 2016 et le 1er janvier 2026, la Belgique a gagné 644 191 habitants. Le solde migratoire (arrivées moins départs) en explique 620 046, l’excédent des naissances sur les décès 24 145. Dans les années 1960, c’était l’inverse : la population grandissait surtout par les naissances.

Solde naturel (naissances moins décès) et solde migratoire, en milliers de personnes par an, Belgique 1960-2025. Le solde migratoire d’Eurostat inclut un « ajustement statistique » (corrections de registre, recensements), d’où des valeurs négatives isolées comme en 1961 ou 1970. Source : Eurostat, demo_gind (CNMIGRAT, NATGROW ; 2025 provisoire), consulté le 11 octobre 2026.

Le solde migratoire

Ce qu’il permet de dire

  • Combien la population gagne ou perd chaque année par les arrivées et les départs.
  • Quelle part de la croissance démographique vient des migrations plutôt que des naissances.

Ce qu’il ne permet pas de dire

  • Combien de personnes arrivent : un solde de 70 000 peut cacher 160 000 arrivées et 90 000 départs.
  • Qui arrive (Belges qui rentrent, Européens, demandeurs d’asile…) ni pour quelles raisons.
  • Combien de personnes sont en séjour irrégulier : elles ne sont pas dans les registres.

Pour aller plus loin

  • Les arrivées et départs par nationalité.
  • Les premiers titres de séjour par motif.
  • La durée de séjour des personnes arrivées.
Qui s’installe en Belgique ?immigrations de 2024 par nationalité (162 926 personnes) : Belges, citoyens d’un autre pays de l’Union, citoyens d’un pays hors de l’Union (* y compris 0,2 % d’apatrides et de nationalités inconnues)
Pourquoi un premier titre de séjour ?non-Européens, 2025 : Belgique et Union

Sources : Eurostat, migr_imm1ctz (immigrations par nationalité) et migr_resfirst (premiers titres de séjour délivrés aux citoyens de pays hors de l’Union ; année 2025, publiée le 28 septembre 2026, consultée le 12 octobre 2026 ; immigrations par nationalité : 2024, dernière année publiée), consulté le 11 octobre 2026. « Autres » regroupe notamment les titres accordés aux personnes reconnues réfugiées. Les citoyens de l’Union n’ont pas besoin de titre de séjour de ce type : ils n’apparaissent pas dans le second graphique.

Fiche 02 · fait

Des vagues, pas une marée montante.

Les premières demandes d’asile suivent les guerres et les crises : 39 065 en 2015 (Syrie, Afghanistan, Irak), 12 930 en 2020 (année de la pandémie), 27 540 en 2025. Rapportée à la population, la Belgique reçoit plus de demandes que la moyenne de l’Union (2,3 pour 1 000 habitants en 2025, contre 1,5), mais moins qu’en 2015 (3,5).

Demandes de protection internationale, Belgique. Barres grises, 1985-2007 : toutes les demandes, y compris les demandes répétées (Eurostat, migr_asyctz, consulté le 14 octobre 2026) ; barres orange, 2008-2025 : premières demandes seulement (Eurostat, migr_asyappctza, consulté le 11 octobre 2026). Les deux séries ne mesurent pas la même chose : la comparaison avant et après 2008 n’est qu’indicative. Le sommet de la série ancienne est atteint en 2000 (42 690 demandes). Bande grise : 2015-2016, années de forte hausse des demandes d’asile dans toute l’Union.

Protection accordée

29,7 %

des décisions de première instance en 2025 (Union : 39,1 %)

Protection temporaire

96 975

personnes, surtout ukrainiennes, fin août 2026 : hors procédure d’asile

Réseau d’accueil

93 %

des 33 677 places occupées au 1er juin 2026 ; 1 043 personnes en attente

Sources (décisions positives rapportées au total des décisions de première instance, 2008-2025 ; années 2008-2014 consultées le 14 octobre 2026) : Eurostat, migr_asydcfsta (décisions de première instance ; l’Union compte aussi des statuts humanitaires nationaux qui n’existent pas en Belgique) et migr_asytpsm ; Fedasil, Réseau d’accueil au 1er juin 2026.

Moins de trois demandes d’asile sur dix acceptées en première instance en 2025, contre six sur dix en 2016Part des décisions positives : première instance, Belgique, 2008-2025, en %
D’où viennent les demandeurs ?premières demandes en 2025, neuf premières nationalités

Sources : Eurostat, migr_asydcfsta et migr_asyappctza, consulté le 11 octobre 2026. Aucune nationalité ne représente plus de 11 % des demandes de 2025.

Le taux de protection

Ce qu’il permet de dire

  • Quelle part des décisions de première instance accorde le statut de réfugié ou la protection subsidiaire.
  • Comment cette part évolue, en gardant en tête qui demande.

Ce qu’il ne permet pas de dire

  • Si l’administration est devenue plus sévère : la part change aussi quand les nationalités des demandeurs changent.
  • Le résultat final : une partie des refus est réformée en recours devant le Conseil du contentieux des étrangers.
  • Ce que deviennent les personnes refusées (départ, recours, séjour irrégulier).

Pour aller plus loin

  • Les taux par nationalité.
  • Les décisions définitives après recours.
  • Les retours volontaires et forcés.
attention

La forte baisse du taux de protection en 2025 (de 48,7 % à 29,7 %) n’est pas expliquée ici : elle peut venir de changements de nationalités, de la suspension de certaines décisions ou de la politique de traitement. Aucune source vérifiée ne permet encore de trancher.

Fiche 03 · fait

L’écart se réduit, mais reste plus large que dans l’Union.

En 2025, 60,7 % des 20-64 ans nés hors de l’Union ont un emploi en Belgique, contre 75,0 % des personnes nées en Belgique : 14,3 points d’écart. Dans l’ensemble de l’Union, l’écart est de 8,6 points. Il s’est pourtant réduit depuis 2010 (49,3 %). Il est le plus fort chez les femmes : 51,3 % contre 72,7 %.

Taux d’emploi des 20-64 ans selon le pays de naissance, en %, Belgique 1995-2025, Union 2002-2025. Source : Eurostat, lfsa_ergacob, ruptures de série en 1999, 2001, 2005, 2011, 2017 et 2021 (années antérieures à 2010 consultées le 14 octobre 2026), consulté le 11 octobre 2026. Les personnes nées dans un autre pays de l’Union ont un taux de 74,3 %, proche des natifs.

Ce qui explique l’écart, selon la Banque nationale

Dans une étude de 2020, la BNB constate que les caractéristiques individuelles (âge, diplôme, etc.) n’expliquent qu’environ 18 % de l’écart d’emploi entre immigrés de première génération et natifs. Le motif d’arrivée pèse lourd : les personnes venues par regroupement familial ou pour une protection ont environ 30 points de probabilité d’emploi en moins que les migrants venus pour travailler. La reconnaissance des diplômes, la langue, les réseaux et les discriminations à l’embauche sont cités parmi les causes.

Source : A. Baeyens, D. Cornille, Ph. Delhez, C. Piton et L. Van Meensel (2020), « The economic impact of immigration in Belgium », NBB Economic Review, édition spéciale de novembre 2020. Les chiffres de l’étude portent sur 2019.

Le taux d’emploi selon le pays de naissance

Ce qu’il permet de dire

  • Quelle part des personnes nées hors de l’Union a travaillé au moins une heure la semaine de référence.
  • Comment la Belgique se compare à ses voisins, avec la même définition.

Ce qu’il ne permet pas de dire

  • Pourquoi l’écart existe : il mélange des personnes arrivées l’an dernier et il y a trente ans, réfugiés et cadres expatriés.
  • Si les emplois occupés correspondent aux diplômes.
  • La situation des enfants d’immigrés nés en Belgique, comptés parmi les natifs.

Pour aller plus loin

  • L’emploi selon la durée de séjour et le motif d’arrivée.
  • La surqualification des immigrés.
  • Le Monitoring socio-économique (SPF Emploi et Unia).
Ce dossier en Europe · 27 pays

Et ailleurs en Europe ?

Choisissez un pays : les chiffres clés et les questions du débat se mettent à jour avec les données d’Eurostat, établies selon les mêmes définitions dans les 27 pays de l’Union.

Les chiffres de la Belgique

Questions du débat, en chiffres

Réponses calculées à partir des données : elles situent le pays parmi les autres, elles n’expliquent pas pourquoi.

    Comparer les pays

    Cochez ou décochez les pays ; le tableau sous le graphique donne les valeurs exactes. Tous les indicateurs : page Comparer.

    Recherche · ce que savent les chercheurs

    Quatre questions, quatre niveaux de preuve.

    Chaque conclusion porte un badge (adapté de la grille du GIEC) et chaque étude, selon sa nature, son niveau sur l’échelle de Maryland (évaluations d’impact, de 1 à 5) ou son type (méta-analyse, revue, statistique officielle, étude descriptive…). Voir la méthode.

    ÉtabliMajoritaireDébattuPeu étudié
    Comment ces études ont été choisies

    Ce n’est pas une revue systématique : la sélection est raisonnée, pas exhaustive. Les études sont cherchées dans les revues de littérature et méta-analyses récentes, dans les bases d’articles et de documents de travail en sciences sociales (Google Scholar, RePEc, NBER, IZA) et dans les publications des institutions et centres de recherche belges (Banque nationale, Bureau fédéral du Plan, Conseil supérieur de l’emploi, universités).

    Retenues : les études publiées (revue à comité de lecture, document de travail d’une institution reconnue ou rapport public), dont la méthode est décrite, portant sur la Belgique ou sur un pays comparable ; les études belges sont privilégiées quand elles existent. Écartées : les textes d’opinion, les études sans méthode décrite et celles qui n’ont pas pu être lues à la source. Quand des études sérieuses aboutissent à des conclusions opposées, le badge « Débattu » l’indique et les deux côtés sont cités.

    Une étude importante manque ? Signalez-la (voir la méthode, point 07).

    Du chiffre à la décision

    Quatre leviers, et aucun sans contrepartie.

    Les débats portent sur deux questions distinctes : combien de personnes admettre, et comment favoriser l’intégration de celles qui sont là. Pour chaque levier : le mécanisme, ce qui est documenté, ce qui reste incertain et ce qu’on sacrifie. Le site ne recommande aucune combinaison.

    Ouvrir plus vite l’accès au travail

    Le mécanisme
    Réduire l’attente avant de pouvoir travailler et la durée des procédures.
    Ce qui est documenté
    documenté En Allemagne, sept mois d’interdiction de travail en plus ont réduit de 20 points le taux d’emploi des réfugiés cinq ans après (Marbach et al., 2018). En Suisse, chaque année d’attente de décision réduit l’emploi de 4 à 5 points (Hainmueller et al., 2016).
    Ce qui reste incertain
    hypothèse L’effet sur le nombre de demandes, que certains craignent d’augmenter.
    Ce qu’on sacrifie
    Une partie du contrôle sur qui travaille avant la décision définitive.

    Investir dans la langue et les diplômes

    Le mécanisme
    Cours de langue, reconnaissance des qualifications, accompagnement vers l’emploi.
    Ce qui est documenté
    documenté En France, des heures de cours de langue supplémentaires augmentent la participation au marché du travail (Lochmann et al., 2019). La BNB cite la reconnaissance des diplômes comme un frein en Belgique.
    Ce qui reste incertain
    L’efficacité des parcours d’intégration belges, peu évalués de manière causale.
    Ce qu’on sacrifie
    Un coût budgétaire immédiat, pour un rendement lent.

    Combattre les discriminations à l’embauche

    Le mécanisme
    Tests de situation, sanctions, recrutement anonymisé.
    Ce qui est documenté
    documenté En Belgique, pour des jeunes sortant de l’école à CV égal, un nom à consonance étrangère devait envoyer environ deux fois plus de candidatures dans les métiers où les candidats abondent ; l’écart disparaissait dans les métiers en pénurie (Baert et al., 2015).
    Ce qui reste incertain
    L’effet des instruments de contrôle sur les embauches réelles.
    Ce qu’on sacrifie
    Des contraintes et des contrôles supplémentaires pour les employeurs.

    Durcir les conditions d’entrée et d’accueil

    Le mécanisme
    Règles plus strictes pour l’asile, le regroupement familial ou l’accueil.
    Ce qui est documenté
    documenté Les politiques plus strictes ont un effet réel mais limité : environ un tiers de la baisse des demandes dans les pays développés après 2001, le reste venant de la situation dans les pays d’origine (Hatton, 2009).
    Ce qui reste incertain
    hypothèse Le report des demandes vers d’autres pays de l’Union, et l’effet sur l’intégration de ceux qui restent.
    Ce qu’on sacrifie
    Une partie des droits garantis par la Convention de Genève et la Convention européenne des droits de l’homme, qui encadrent ces choix ; en 2023, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Belgique pour ne pas avoir exécuté une décision de justice ordonnant l’accueil d’un demandeur, en relevant une « carence systémique » des autorités belges.

    Les arbitrages : on ne peut pas tout maximiser à la fois

    Si l’on privilégie…… on prend le risque de sacrifier
    Le contrôle du nombre d’arrivéesLe respect de droits individuels (protection, vie familiale) et les besoins de main-d’œuvre
    L’accueil le plus largeLa capacité des services d’accueil, de logement et d’intégration à suivre
    L’intégration rapide par le travailLe contrôle préalable de chaque situation
    La sélection selon les besoins économiquesLe droit à la protection, qui ne dépend pas des diplômes

    « Documenté » signifie établi par des études ou des statistiques officielles ; « hypothèse » signifie plausible mais non démontré. Les effets cités viennent de la partie Recherche et des fiches, avec leurs sources.

    Ce que proposent des chercheurs de bords différents

    Pour chaque piste : qui la défend, ce que la preuve en dit, et sa limite. L’orientation qualifie la proposition, pas la personne : un même chercheur peut défendre des idées classées différemment selon les sujets. Références ouvertes à la source le 14 octobre 2026.

    OrientationPropositionChercheursCe que dit la preuveLimite
    Intégration (centre)Accès rapide au marché du travail pour les demandeurs d’asileMarbach, Hainmueller et Hangartner, 2018Allemagne : une interdiction de travail plus longue réduit durablement l’emploi des réfugiés.Contexte allemand.
    IntégrationCours de langue intensifsLochmann, Rapoport et Speciale, 2019France : plus d’heures de langue augmentent la participation au marché du travail.Effet surtout pour les moins diplômés.
    Égalité de traitementTests de discrimination à l’embaucheBaert et al., 2015Belgique : un nom à consonance étrangère reçoit moins de rappels, sauf dans les métiers en pénurie.Mesure la discrimination, pas l’effet des politiques contre elle.
    Pragmatique (accueil régional)Investir dans l’emploi des réfugiés dans les pays voisins des conflitsBetts et Collier, 2017Les réfugiés apportent plus quand ils ont droit au travail et à l’éducation ; soutenir les pays frontaliers.Livre de propositions ; peu d’évaluations d’ensemble.
    Lectures · question de valeurs

    Qui a le droit de venir, et de rester ?

    Un État peut-il choisir qui entre ? Que doit-on à ceux qui fuient ? Les chiffres ne tranchent pas ces questions. Douze traditions répondent, chacune par son meilleur argument et sa principale critique. L’ordre change à chaque visite.

    Qui décide de l’immigration ?

    L’accès au territoire relève de l’État fédéral, dans un cadre fixé par l’Union européenne et par des traités internationaux. L’intégration et le travail relèvent largement des entités fédérées.

    État fédéral

    • Entrée, séjour et éloignement (Office des étrangers)
    • Asile : Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, recours devant le Conseil du contentieux des étrangers
    • Accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) et nationalité

    Régions et Communautés

    • Autorisations de travail des non-Européens
    • Parcours d’intégration, cours de langue
    • Enseignement, logement, aide sociale

    Communes et CPAS

    • Inscription dans les registres de population
    • Aide sociale et initiatives locales d’accueil

    Union et droit international

    • Libre circulation des citoyens de l’Union
    • Pacte sur la migration et l’asile : adopté en mai 2024, applicable depuis le 12 juin 2026
    • Convention de Genève de 1951 et Convention européenne des droits de l’homme

    Pacte : Conseil de l’Union européenne. Condamnation de 2023 : Cour européenne des droits de l’homme, Camara c. Belgique, 18 juillet 2023, requête n° 49255/22 (violation de l’article 6), arrêt sur HUDOC et communiqué de la Cour (CEDH 229 (2023)).

    Limites · ce que ces chiffres ne disent pas

    Six pièges à éviter.

    1. 1

      Mélanger les définitions

      Nés à l’étranger, étrangers, « d’origine étrangère » : trois chiffres pour trois populations. Comparer l’un à l’autre, ou deux pays qui n’utilisent pas la même définition, fausse tout.

    2. 2

      Oublier ceux qu’aucun registre ne compte

      Les personnes en séjour irrégulier n’apparaissent dans aucune des statistiques de ce dossier. Leur nombre n’est connu que par des estimations fragiles, que nous ne reprenons pas.

    3. 3

      Prendre une demande d’asile pour une arrivée

      Une personne peut demander l’asile après être arrivée depuis longtemps, ou dans plusieurs pays. Et les personnes sous protection temporaire (Ukraine) ne sont pas des demandeurs d’asile.

    4. 4

      Lire le taux de protection comme une mesure de sévérité

      Il dépend d’abord des nationalités des demandeurs. Il porte sur la première instance : les recours peuvent changer le résultat.

    5. 5

      Traiter « les immigrés » comme un groupe

      Une ingénieure française, un réfugié afghan et un grand-père marocain arrivé en 1965 sont tous « nés à l’étranger ». Les moyennes cachent des situations opposées.

    6. 6

      Chercher un coût ou un bénéfice unique

      L’effet budgétaire dépend de la méthode (dépenses incluses, horizon, enfants comptés ou non), de l’âge et de l’emploi des personnes. Un chiffre isolé, positif ou négatif, se présente souvent sans ses hypothèses.

    Prolongements

    Pour comprendre, il faut aussi examiner…

    Les phénomènes sont liés, mais deux chiffres qui évoluent ensemble ne s’expliquent pas forcément l’un par l’autre. Chaque lien dit pourquoi il est utile et où il s’arrête.

    • Dossier

      Emploi et inactivité

      Pourquoi ce lienLe faible taux d’emploi des personnes nées hors de l’Union est l’une des composantes de l’écart d’emploi belge avec l’Union.

      Sa limiteCe n’est pas la seule : l’écart avec l’Union est aussi marqué chez les peu diplômés et les 55-64 ans.

    • Dossier

      Pensions et vieillissement

      Pourquoi ce lienLes projections du vieillissement dépendent d’hypothèses sur les migrations : les personnes qui arrivent, souvent jeunes, modifient la structure par âge de la population.

      Sa limiteL’effet sur le financement des pensions dépend de l’emploi des personnes arrivées, et elles vieillissent à leur tour.

    • Dossier

      Justice et sécurité

      Pourquoi ce lienLa part d’étrangers en prison est souvent citée dans le débat sur l’immigration. Le dossier Justice explique ce que ce chiffre permet et ne permet pas de dire.

      Sa limiteLa nationalité ne suffit pas à expliquer la délinquance : âge, situation de séjour et fonctionnement de la justice comptent aussi.

    Vérifier sa compréhension · questions de transfert

    Et ailleurs, ça marche comment ?

    Ces questions ne testent pas la mémoire des chiffres : elles vérifient qu’on sait appliquer le mécanisme à une situation nouvelle. Chaque réponse est expliquée.

    1. Dans le pays A, 25 % des habitants sont nés à l’étranger mais seulement 8 % sont étrangers. Dans le pays B, ces deux parts valent 15 %. Qu’est-ce qui explique le mieux la différence ?

    2. Dans un pays, la part des demandes d’asile acceptées passe de 49 % à 30 % en un an. Un responsable politique affirme : « Nos agents sont devenus plus stricts. » Que faut-il vérifier d’abord ?

    Citer ce dossier

    un chiffre juste, avec sa source →

    Sources · consultées le 11 octobre 2026

    D’où viennent ces chiffres.

    Niveau 1 · statistiques officielles

    1. Eurostat : migr_pop3ctb (pays de naissance), migr_pop1ctz (nationalité), demo_gind (soldes), migr_imm1ctz (immigrations), migr_resfirst (titres de séjour), migr_asyappctza, migr_asydcfsta et migr_asytpsm (asile et protection temporaire), lfsa_ergacob (emploi).

    Niveau 3 · institutions publiques

    1. Baeyens, A., Cornille, D., Delhez, Ph., Piton, C. et Van Meensel, L. (2020). « The economic impact of immigration in Belgium ». NBB Economic Review, édition spéciale.
    2. OCDE, Damas de Matos, A. (2021). « The fiscal impact of immigration in OECD countries since the mid-2000s ». International Migration Outlook 2021.
    3. National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (2017). The Economic and Fiscal Consequences of Immigration. National Academies Press.
    4. Fedasil (2026). Réseau d’accueil au 1er juin 2026.
    5. Conseil de l’Union européenne. Pacte sur la migration et l’asile.

    Histoire et droit

    1. Martiniello, M. et Rea, A. (2012). Une brève histoire de l’immigration en Belgique. Bruxelles : Fédération Wallonie-Bruxelles (1re éd. 2003).
    2. Poulain, M. (2017). « Migrations internationales et migrants aujourd’hui », présentation, UCLouvain, 28 novembre 2017 (série 1930-2016 des étrangers en Belgique).
    3. Cour européenne des droits de l’homme, Camara c. Belgique, 18 juillet 2023, req. n° 49255/22 ; résumé du Réseau européen des migrations.

    Niveau 2 · recherche

    Œuvres citées dans les lectures

    • Arendt, H. (1951). The Origins of Totalitarianism. Harcourt.
    • Borjas, G. (2016). We Wanted Workers. W. W. Norton.
    • Carens, J. (2013). The Ethics of Immigration. Oxford University Press.
    • Clemens, M. (2011). « Economics and Emigration: Trillion-Dollar Bills on the Sidewalk? ». Journal of Economic Perspectives, 25(3), 83-106.
    • Collier, P. (2013). Exodus. Oxford University Press.
    • Marx, K. (1870). Lettre à Sigfrid Meyer et August Vogt, 9 avril 1870.
    • Miller, D. (2016). Strangers in Our Midst. Harvard University Press.
    • Sayad, A. (1999). La double absence. Seuil.
    • Walzer, M. (1983). Spheres of Justice. Basic Books.

    Rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle pour la collecte et la mise en forme ; chaque chiffre et chaque référence ont été vérifiés à la source, et la relecture finale est humaine. Les sites de Statbel et de Myria n’ont pas pu être consultés automatiquement lors de la vérification : les chiffres « d’origine étrangère » ne sont donc pas repris. Une erreur ? Chaque correction est datée et publiée. Méthode complète : page Méthode.

    Journal des corrections · 11 octobre 2026 : première publication. 12 octobre 2026 : revérification à la source primaire ; étude de Baert et al. (2015) : « nom à consonance étrangère » ; libellé « hors Union » précisé (y compris apatrides) ; titres de séjour mis à jour avec les données 2025 ; croissance de la population recalculée sur 2016-2025. 14 octobre 2026 : arrêt Camara c. Belgique vérifié sur le site de la Cour européenne des droits de l’homme. Séries longues : demandes d’asile depuis 1985 (toutes demandes jusqu’en 2007, premières demandes ensuite), taux de protection depuis 2008, emploi selon le pays de naissance depuis 1995. Les chiffres de comparaison cités pour 1990, 1993 et 1999 (Martiniello et Rea, 2012) sont remplacés par la série d’Eurostat, qui place le sommet des demandes en 2000 (42 690).

    Comment citer ce dossier

    Bauchau, T. (2026). Immigration et asile [dossier]. Au plus Juste, version du 11 octobre 2026. Consulté le …, à l’adresse https://auplusjuste.be/dossier-immigration.html

    Pour un chiffre précis, citez aussi sa source primaire (indiquée sous chaque graphique) : Au plus Juste rassemble et explique des données, il ne les produit pas. Les données de chaque graphique sont téléchargeables (« Voir les données du graphique »). Code et données du site : dépôt public GitHub.