L’espérance de vie compte les années vécues ; l’espérance de vie en bonne santé ne compte que celles vécues sans limitation dans les activités habituelles, d’après ce que les personnes déclarent elles-mêmes dans une enquête. On peut vivre plus longtemps sans que les années sans limitation augmentent : les années gagnées le sont alors avec des problèmes de santé.
Pourquoi le chiffre surprend
On imagine que vivre plus longtemps signifie vieillir en meilleure santé. En Belgique, sur cette période, ce n’est pas le cas en moyenne. L’indicateur a toutefois connu une rupture de série en 2019, qui invite à la prudence.
Pour réutiliser cette idée
Devant un progrès de l’espérance de vie, demandez : combien de ces années sont vécues en bonne santé, et pour qui ?
Dossier 06 · une question du débat
Santé
Vit-on plus longtemps en bonne santé, et notre système de soins y est-il pour quelque chose ? Trois mesures de la santé, un siècle de protection sociale, trois fiches, l’état de la recherche et dix lectures pour en débattre.
82,4 ansd’espérance de vie à la naissance en 2024, contre 81,5 dans l’UnionEurostat demo_mlexpec
63,9 ansd’espérance de vie en bonne santé, contre 65,2 dans l’UnionEurostat hlth_hlye, 2024
11,1 %du PIB consacré à la santé en 2024 (Union : 9,9 % en 2023)Eurostat hlth_sha11_hf
21,8 %des dépenses de santé payées directement par les ménages (Union : 15,2 % en 2023)Eurostat hlth_sha11_hf, 2024
✓Dossier vérifié le 11 octobre 2026 · 25 affirmations contrôlées à la source · 18 sources liées · voir le registre · corrections Prochaine mise à jour : espérance de vie 2025 d’Eurostat (printemps 2027)
Comprendre en deux minutes
Vit-on plus longtemps en bonne santé, et les soins y sont-ils pour quelque chose ?
On vit nettement plus longtemps : 82,4 ans en 2024, contre 69,7 en 1960. Mais le nombre d’années vécues sans limitation n’a presque pas bougé depuis 2008 (63,9 ans), et il reste inférieur à la moyenne européenne. Le système de soins belge soigne bien : les décès qu’un traitement à temps aurait évités sont bien moins fréquents que dans l’Union. Il coûte cher (11,1 % du PIB) et laisse une part élevée à la charge des patients. Les plus grandes marges de progrès sont ailleurs : prévention, conditions de vie, écarts entre groupes sociaux.
Vivre plus longtemps n’est pas vivre plus longtemps en bonne santé : ce sont deux indicateurs différents.
Les décès évitables par la prévention (tabac, alcool, accidents…) sont plus de deux fois plus nombreux que ceux évitables par les soins.
À 25 ans, une personne peu diplômée peut espérer vivre 5 à 6 ans de moins, et 10 à 13 ans de moins en bonne santé, qu’une personne diplômée du supérieur (chiffres de 2011).
La santé d’une population ne se résume pas à un seul chiffre. Trois indicateurs européens, calculés de la même façon dans tous les pays, éclairent chacun une facette différente.
Durée
L’espérance de vie
Eurostat, d’après les décès et la population
Le nombre moyen d’années qu’un nouveau-né vivrait si les risques de décès de l’année se maintenaient toute sa vie. Ce n’est pas une prévision : c’est un résumé de la mortalité d’une année.
Sert à : comparer la mortalité entre pays et dans le temps.
Qualité
L’espérance de vie en bonne santé
Eurostat, d’après la mortalité et l’enquête SILC
Les années vécues sans limitation dans les activités habituelles, selon ce que déclarent les personnes. L’indicateur dépend donc aussi de la manière dont chacun perçoit sa santé.
Sert à : savoir si les années gagnées sont vécues en bonne santé.
Efficacité
La mortalité évitable
Eurostat, d’après une liste OCDE-Eurostat de causes
Les décès avant 75 ans qui auraient pu être évités par la prévention (tabac, alcool, accidents, certains cancers) ou par des soins efficaces et à temps (infections, certaines maladies cardiaques).
Sert à : distinguer ce qui relève de la prévention et ce qui relève des soins.
→ un pays peut bien soigner et mal prévenir, ou l’inverse
Un nouveau-né de 1960 pouvait espérer vivre 69,7 ans ; un nouveau-né de 2024, 82,4 ans. La hausse a été presque continue, à une exception près : la pandémie de 2020, qui a fait perdre un an d’espérance de vie, rattrapé depuis.
Espérance de vie à la naissance, en années, Belgique 1960-2024 et Union 2002-2024. Source : Eurostat, demo_mlexpec (ruptures de série en 2011 et 2014), consulté le 11 octobre 2026.
1894
Les mutualités
Une loi encadre les sociétés mutualistes, nées au XIXe siècle de l’entraide ouvrière ; elles peuvent se regrouper en fédérations à partir de 1898.
1945
L’assurance obligatoire
Avec la sécurité sociale créée à la Libération, l’assurance maladie-invalidité devient obligatoire pour les salariés.
1964
L’INAMI
La loi du 9 août 1963 crée l’INAMI, qui fonctionne depuis le 1er janvier 1964. La même année, une grève des médecins se conclut par l’« accord de la Saint-Jean ».
2000-2008
Protéger les plus malades
Le maximum à facturer plafonne la part des soins payée par chaque ménage ; en 2008, les indépendants sont couverts aussi pour les « petits risques ».
2020
La pandémie
L’espérance de vie tombe de 81,8 à 80,8 ans, avant de dépasser son niveau d’avant-crise en 2023.
« On vit plus longtemps, donc en meilleure santé. »
Pas en Belgique depuis 2008. L’espérance de vie a gagné 2,6 ans, l’espérance de vie en bonne santé à peine 0,2 an. Les années gagnées sont surtout vécues avec des limitations.
Idée reçue
« En Belgique, les soins sont presque gratuits. »
Faux. Les ménages paient directement 21,8 % des dépenses de santé, plus que la moyenne de l’Union (15,2 %). Pourtant, peu de personnes renoncent à des soins (0,9 % en 2025), grâce notamment aux plafonds de dépenses.
Idée reçue
« Notre santé dépend surtout des hôpitaux et des médecins. »
En partie seulement. Les décès évitables par la prévention sont plus de deux fois plus nombreux que ceux évitables par les soins. Les comportements et les conditions de vie pèsent lourd. Voir la recherche.
Fiche 01 · fait
Plus d’années, pas plus d’années en bonne santé.
Depuis 2008, l’écart s’est creusé entre la durée de vie et la durée de vie sans limitation. En 2024, un nouveau-né peut espérer vivre 82,4 ans, dont 63,9 sans limitation dans ses activités : environ 18 années avec des problèmes de santé. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes (84,4 ans contre 80,3), mais pas plus longtemps en bonne santé (63,9 contre 64,0).
Espérance de vie et espérance de vie en bonne santé à la naissance, Belgique 2004-2024, en années. Source : Eurostat, hlth_hlye (ruptures de série en 2005 et 2019) et demo_mlexpec, consulté le 11 octobre 2026.
L’espérance de vie en bonne santé
Ce qu’elle permet de dire
Combien d’années, en moyenne, sont vécues sans limitation déclarée dans les activités habituelles.
Si les années de vie gagnées sont vécues en bonne ou en moins bonne santé.
Ce qu’elle ne permet pas de dire
Une mesure médicale de la santé : elle repose sur une seule question d’enquête, à laquelle on répond selon ses attentes et sa culture.
Une comparaison sûre entre pays : la traduction de la question et la façon d’y répondre varient.
Quelles maladies limitent les personnes.
Pour aller plus loin
Les maladies chroniques déclarées (enquête de santé de Sciensano).
L’espérance de vie en bonne santé selon le diplôme (fiche 03).
Fiche 02 · fait
Un système cher, où le patient paie beaucoup.
La Belgique consacre 11,1 % de son PIB à la santé (2024), plus que la moyenne de l’Union (9,9 % en 2023). Une part importante reste à charge des patients : tickets modérateurs, suppléments, médicaments et soins peu remboursés. Pourtant, peu de personnes déclarent renoncer à des soins, et cette part a baissé chez les plus modestes.
La Belgique consacre à la santé une part du PIB plus élevée que la moyenne de l’Union (11,1 % en 2024)Dépenses de santé : en % du PIB, Belgique 2003-2024 et Union 2014-2023Ce sont surtout les ménages les plus modestes qui renoncent à un examen médicalRenoncer à un soin : 16 ans et plus, examen médical non obtenu (trop cher, trop loin ou trop d’attente), selon le revenu, 2025
Sources : Eurostat, hlth_sha11_hf (dépenses courantes de santé, tous financeurs ; part payée directement par les ménages : 21,8 % en Belgique en 2024, 15,2 % dans l’Union en 2023) et hlth_silc_08 (besoins non satisfaits ; Belgique 0,9 % en 2025, Union 2,4 %). Chez les 20 % les plus modestes, la part est passée de 7,2 % en 2015 à 2,5 % en 2025 (rupture de série en 2019). Consulté les 11 et 12 octobre 2026 (année 2025 : lue le 12 octobre). Enquête SILC : l’année indiquée est celle de l’enquête ; les cinquièmes de revenu sont calculés sur les revenus de l’année civile précédente.
Marge d’incertitude. Ces parts sont très faibles et viennent d’une enquête d’environ 11 000 personnes (SILC, Statbel) : dans chaque cinquième de revenu, quelques dixièmes de pour cent ne représentent que peu de répondants. Le constat principal (les plus modestes renoncent nettement plus souvent) est solide ; les écarts entre les trois cinquièmes les plus aisés (0,4 ; 0,2 ; 0,0 %) ne permettent pas de les classer. Pour repère, sur un indicateur voisin (renoncement pour raisons financières seulement), le Bureau fédéral du Plan publie pour 2024 un intervalle de confiance à 95 % de 0,9 à 1,4 % autour de 1,1 % (indicators.be, indicateur i07).
La dépense de santé en % du PIB
Ce qu’elle permet de dire
Quelle part de la richesse produite est consacrée aux soins, tous financeurs confondus (État, sécurité sociale, assurances, patients).
Comment elle évolue et se compare, avec une méthode internationale commune.
Ce qu’elle ne permet pas de dire
Si l’argent est bien utilisé : dépenser plus ne garantit pas une meilleure santé.
Qui paie : la même dépense peut reposer sur l’impôt, les cotisations ou les patients.
Si la hausse vient de plus de soins ou d’un PIB plus faible (comme en 2020).
Pour aller plus loin
La dépense par habitant en pouvoir d’achat.
La part payée par les ménages selon le revenu.
Le rapport du KCE sur la performance du système belge.
attention
Le saut de 2020 (11,45 % du PIB) vient en partie de la chute du PIB pendant la pandémie, pas seulement de la hausse des dépenses : un ratio bouge quand son dénominateur bouge.
Fiche 03 · fait
Bien soigner ne suffit pas.
En 2023, la Belgique compte 59 décès évitables par des soins à temps pour 100 000 habitants, bien moins que l’Union (87). Mais 137 décès pour 100 000 auraient pu être évités par la prévention, un niveau plus proche de la moyenne européenne (151). Et la durée de vie dépend fortement de la position sociale.
Taux standardisés de mortalité évitable avant 75 ans, pour 100 000 habitants, 2011-2023. Source : Eurostat, hlth_cd_apr, consulté le 11 octobre 2026. La hausse de 2020-2021 vient de la Covid-19, classée comme évitable par la prévention.
Écart d’espérance de vie à 25 ans
6,1 · 4,6 ans
entre peu diplômés et diplômés du supérieur, hommes et femmes, 2011
Écart en bonne santé
10,5 · 13,4 ans
même comparaison, espérance de vie en bonne santé, 2011
Suicide
13,5
décès pour 100 000 habitants en 2023 (Union : 10,4), contre 19,3 en 2011
Sources : F. Renard et al. (2019), Archives of Public Health, doi 10.1186/s13690-019-0330-8, présenté par Sciensano sur healthybelgium.be ; Eurostat, hlth_cd_asdr2 (taux standardisés). Les écarts par diplôme datent du recensement de 2011 : ce sont les données détaillées les plus récentes trouvées.
Besoin de parler ?
Si ces chiffres vous touchent personnellement ou si vous traversez une période difficile, vous pouvez appeler gratuitement le Centre de prévention du suicide au 0800 32 123 (en français) ou la Zelfmoordlijn au 1813 (en néerlandais), ou en parler à un médecin ou à une personne de confiance.
La mortalité évitable
Ce qu’elle permet de dire
Combien de décès avant 75 ans relèvent de causes que la prévention ou les soins peuvent en principe éviter.
Où se situent les marges de progrès : prévention, soins, ou les deux.
Ce qu’elle ne permet pas de dire
Que chacun de ces décès aurait pu être évité : la liste repose sur un consensus d’experts, par grandes causes.
Quelle politique de prévention fonctionne.
La qualité de vie des personnes qui survivent.
Pour aller plus loin
Les causes principales (cancer du poumon, maladies cardiaques, alcool).
Les écarts entre Régions et entre groupes sociaux.
Ce dossier en Europe · 27 pays
Et ailleurs en Europe ?
Choisissez un pays : les chiffres clés et les questions du débat se mettent à jour avec les données d’Eurostat, établies selon les mêmes définitions dans les 27 pays de l’Union.
Les autres parties de ce dossier (histoire, fiches, recherche, « qui décide ») portent sur la Belgique : elles n’ont pas encore été rédigées pour . Seuls les chiffres de cette section changent avec le pays.
Les chiffres de la Belgique
Questions du débat, en chiffres
Réponses calculées à partir des données : elles situent le pays parmi les autres, elles n’expliquent pas pourquoi.
Comparer les pays
Cochez ou décochez les pays ; le tableau sous le graphique donne les valeurs exactes. Tous les indicateurs : page Comparer.
Recherche · ce que savent les chercheurs
Trois questions, trois niveaux de preuve.
Chaque conclusion porte un badge (adapté de la grille du GIEC) et chaque étude, selon sa nature, son niveau sur l’échelle de Maryland (évaluations d’impact, de 1 à 5) ou son type (méta-analyse, revue, statistique officielle, étude descriptive…). Voir la méthode.
ÉtabliMajoritaireDébattuPeu étudié
Comment ces études ont été choisies
Ce n’est pas une revue systématique : la sélection est raisonnée, pas exhaustive. Les études sont cherchées dans les revues de littérature et méta-analyses récentes, dans les bases d’articles et de documents de travail en sciences sociales (Google Scholar, RePEc, NBER, IZA) et dans les publications des institutions et centres de recherche belges (Banque nationale, Bureau fédéral du Plan, Conseil supérieur de l’emploi, universités).
Retenues : les études publiées (revue à comité de lecture, document de travail d’une institution reconnue ou rapport public), dont la méthode est décrite, portant sur la Belgique ou sur un pays comparable ; les études belges sont privilégiées quand elles existent. Écartées : les textes d’opinion, les études sans méthode décrite et celles qui n’ont pas pu être lues à la source. Quand des études sérieuses aboutissent à des conclusions opposées, le badge « Débattu » l’indique et les deux côtés sont cités.
Une étude importante manque ? Signalez-la (voir la méthode, point 07).
Du chiffre à la décision
Quatre leviers, et aucun sans contrepartie.
Maîtriser les dépenses, garantir l’accès, améliorer la santé : ces trois objectifs se contredisent souvent. Pour chaque levier : le mécanisme, ce qui est documenté, ce qui reste incertain et ce qu’on sacrifie. Le site ne recommande aucune combinaison.
Faire payer davantage le patient
Le mécanisme
Augmenter le ticket modérateur pour réduire la consommation de soins.
Ce qui est documenté
documenté Dans une expérience aléatoire aux États-Unis (RAND), payer une partie des soins a réduit les dépenses de 20 à 30 %, sans effet sur la santé moyenne, mais au détriment des plus pauvres et des plus malades (tension artérielle, vue).
Ce qui reste incertain
La transposition à la Belgique, où la part payée par les ménages est déjà élevée.
Ce qu’on sacrifie
L’accès des plus modestes et des malades chroniques.
Rendre les soins plus accessibles
Le mécanisme
Réduire ce que paient les patients (tiers payant, plafonds, meilleure couverture).
Ce qui est documenté
documenté En Oregon, gagner une assurance par tirage au sort a augmenté le recours aux soins, quasi supprimé les dépenses catastrophiques et réduit la dépression ; aucun effet mesurable sur la tension ou le cholestérol en deux ans.
Ce qui reste incertain
Les effets sur la santé physique à long terme.
Ce qu’on sacrifie
Un coût plus élevé pour la collectivité.
Investir dans la prévention
Le mécanisme
Taxes sur le tabac et l’alcool, dépistage, vaccination, sécurité routière.
Ce qui est documenté
documenté Le Centre international de recherche sur le cancer (OMS) conclut que les hausses de taxes qui augmentent le prix du tabac réduisent sa consommation, y compris chez les jeunes.
Ce qui reste incertain
hypothèse Les économies réalisées : des personnes qui vivent plus longtemps consomment aussi des soins plus tard.
Ce qu’on sacrifie
Une part de liberté individuelle, et un poids proportionnellement plus lourd pour les fumeurs à petit revenu.
Agir sur les conditions de vie
Le mécanisme
Logement, éducation, revenus, conditions de travail : réduire les écarts sociaux de santé.
Ce qui est documenté
documenté L’écart d’espérance de vie en bonne santé à 25 ans atteint 10 à 13 ans selon le diplôme (Renard et al., 2019).
Ce qui reste incertain
hypothèse Quelles politiques réduisent effectivement ces écarts, et en combien de temps.
Ce qu’on sacrifie
Des moyens importants pour des effets lents et difficiles à mesurer.
Les arbitrages : on ne peut pas tout maximiser à la fois
Si l’on privilégie…
… on prend le risque de sacrifier
La maîtrise des dépenses
L’accès aux soins des plus modestes
La gratuité des soins
L’équilibre des comptes de l’assurance maladie
La prévention par les taxes
Le pouvoir d’achat des ménages modestes
La liberté de choix du patient et du médecin
La coordination et le contrôle des coûts
« Documenté » signifie établi par des études ou des statistiques officielles ; « hypothèse » signifie plausible mais non démontré. Les effets cités viennent de la partie Recherche et des fiches, avec leurs sources.
Ce que proposent des chercheurs de bords différents
Pour chaque piste : qui la défend, ce que la preuve en dit, et sa limite. L’orientation qualifie la proposition, pas la personne : un même chercheur peut défendre des idées classées différemment selon les sujets. Références ouvertes à la source le 14 octobre 2026.
Plus de recours aux soins, moins de difficultés financières et de dépression
Pas d’effet mesurable sur plusieurs indicateurs physiques à court terme ; système américain
Lectures · question de valeurs
La santé est-elle un bien comme un autre ?
Marché ou solidarité, soin ou prévention, responsabilité individuelle ou collective : les chiffres ne tranchent pas. Dix traditions répondent, chacune par son meilleur argument et sa principale critique. L’ordre change à chaque visite.
Qui décide de la santé ?
En Belgique, la santé est partagée entre l’État fédéral, qui finance l’essentiel des soins, et les entités fédérées, chargées notamment de la prévention. Les mutualités et les représentants des soignants participent à la gestion de l’assurance maladie.
État fédéral
Assurance maladie-invalidité (INAMI) : remboursements et indemnités
Financement des hôpitaux, prix des médicaments
Exercice des professions de santé
Mutualités et soignants
Remboursement aux affiliés
Accords tarifaires entre mutualités et prestataires, au sein de l’INAMI
Communautés et Régions
Prévention et promotion de la santé (dépistage, vaccination)
Normes des hôpitaux, maisons de repos, première ligne
Union européenne
Autorisation des médicaments, coordination face aux crises sanitaires
L’organisation des soins reste une compétence nationale
Limites · ce que ces chiffres ne disent pas
Six pièges à éviter.
1
Lire l’espérance de vie comme une prédiction
Elle résume les risques de décès d’une année donnée. Un enfant né en 2024 vivra probablement plus longtemps que 82,4 ans si la mortalité continue de baisser.
2
Comparer la « bonne santé » entre pays
Elle repose sur ce que les gens déclarent. Les attentes, la culture et la traduction de la question influencent les réponses.
3
Confondre dépense et performance
Dépenser plus peut refléter des prix plus élevés, une population plus âgée ou des soins inutiles, pas forcément une meilleure santé.
4
Oublier les petits nombres
La part de personnes qui renoncent aux soins vient d’une enquête : chez les plus aisés, les valeurs proches de zéro sont peu précises.
5
Lire une corrélation comme une cause
Les peu diplômés vivent moins longtemps, mais le diplôme seul n’explique pas tout : revenus, métiers, logement et comportements se cumulent.
6
Utiliser des données trop anciennes
Les écarts par diplôme les plus détaillés datent de 2011. Ils décrivent une tendance de fond, pas forcément la situation actuelle.
Prolongements
Pour comprendre, il faut aussi examiner…
Les phénomènes sont liés, mais deux chiffres qui évoluent ensemble ne s’expliquent pas forcément l’un par l’autre. Chaque lien dit pourquoi il est utile et où il s’arrête.
Pourquoi ce lienLes années de vie en bonne santé comptent dans le débat sur l’âge de la pension, qui passera à 67 ans en 2030.
Sa limiteL’espérance de vie en bonne santé à la naissance (63,9 ans) ne dit pas combien d’années en bonne santé il reste à 60 ou 65 ans : il faut regarder l’indicateur à l’âge concerné.
Pourquoi ce lienLes écarts de santé suivent le diplôme. Le dossier Éducation montre comment se forment les écarts de parcours scolaire selon l’origine sociale.
Sa limiteLe diplôme est un marqueur parmi d’autres de la position sociale ; il n’explique pas seul les écarts de santé.
Vérifier sa compréhension · questions de transfert
Et ailleurs, ça marche comment ?
Ces questions ne testent pas la mémoire des chiffres : elles vérifient qu’on sait appliquer le mécanisme à une situation nouvelle. Chaque réponse est expliquée.
1. Un pays voit ses dépenses de santé passer de 10 % à 11 % du PIB en un an. Que faut-il vérifier avant de dire qu’il dépense davantage pour la santé ?
Pas tout à fait. Un ratio peut monter parce que son dénominateur baisse.
Pas tout à fait. Cela ne dit rien de l’évolution du ratio.
Exact. C’est ce qui s’est passé en 2020 : le PIB a chuté pendant la pandémie.
Le mécanisme à retenir : un ratio a deux termes. Avant d’interpréter sa hausse, regardez séparément le numérateur (les dépenses) et le dénominateur (le PIB).
2. Deux pays ont la même espérance de vie, 82 ans. Dans le pays A, l’espérance de vie en bonne santé est de 70 ans ; dans le pays B, de 62 ans. Que peut-on en dire ?
Pas tout à fait. La durée de vie ne dit rien de la qualité des années vécues.
Exact. L’écart peut refléter une vraie différence de santé, mais aussi des façons différentes de percevoir et de déclarer ses limitations.
Pas tout à fait. Rien ne relie directement cet indicateur à la dépense.
Le mécanisme à retenir : un indicateur fondé sur des déclarations mesure aussi la manière de répondre. On le recoupe avec des données objectives (maladies diagnostiquées, mortalité).
Baicker, K. et al. (2013). « The Oregon Experiment: Effects of Medicaid on Clinical Outcomes ». New England Journal of Medicine, 368 ; Finkelstein, A. et al. (2012). « The Oregon Health Insurance Experiment: Evidence from the First Year ». Quarterly Journal of Economics, 127(3) ; synthèse : J-PAL.
Manning, W. et al. (1987). « Health Insurance and the Demand for Medical Care: Evidence from a Randomized Experiment ». American Economic Review, 77(3) ; synthèse : RAND.
Renard, F. et al. (2019). « Evolution of educational inequalities in life and health expectancies at 25 years in Belgium between 2001 and 2011: a census-based study ». Archives of Public Health, doi 10.1186/s13690-019-0330-8.
Œuvres citées dans les lectures
Arrow, K. (1963). « Uncertainty and the Welfare Economics of Medical Care ». American Economic Review, 53(5).
Beveridge, W. (1942). Social Insurance and Allied Services. HMSO.
Canguilhem, G. (1966). Le normal et le pathologique. PUF.
Daniels, N. (2008). Just Health. Cambridge University Press.
Friedman, M. (1962). Capitalism and Freedom. University of Chicago Press.
Illich, I. (1975). Némésis médicale. Seuil.
Marmot, M. (2015). The Health Gap. Bloomsbury.
Sen, A. (1999). Development as Freedom. Oxford University Press.
Rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle pour la collecte et la mise en forme ; chaque chiffre et chaque référence ont été vérifiés à la source, et la relecture finale est humaine. Une erreur ? Chaque correction est datée et publiée. Méthode complète : page Méthode.
Journal des corrections · 11 octobre 2026 : première publication. 12 octobre 2026 : revérification à la source primaire ; nuance ajoutée sur Kaplan et Milstein (2019) ; renoncement aux soins mis à jour avec les données 2025. 14 octobre 2026 : marge d’incertitude de l’enquête signalée sous le graphique du renoncement.
Comment citer ce dossier
Bauchau, T. (2026). Santé [dossier]. Au plus Juste, version du 11 octobre 2026. Consulté le …, à l’adresse https://auplusjuste.be/dossier-sante.html
Pour un chiffre précis, citez aussi sa source primaire (indiquée sous chaque graphique) : Au plus Juste rassemble et explique des données, il ne les produit pas. Les données de chaque graphique sont téléchargeables (« Voir les données du graphique »). Code et données du site : dépôt public GitHub.