Dossier 08 · Inégalités et pauvreté · avant de lire

Selon vous, quelle part des habitants de la Belgique vit sous le seuil de pauvreté ?

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Dossier 08 · une question du débat

Inégalités et pauvreté

La Belgique est-elle un pays égalitaire, et la pauvreté y recule-t-elle ? Trois façons de mesurer, un demi-siècle de protection sociale, trois fiches, l’état de la recherche et neuf lectures pour en débattre.

10,9 %des habitants sous le seuil de pauvreté en 2025, contre 16,3 % dans l’UnionEurostat ilc_li02
23,4coefficient de Gini des revenus, le deuxième plus bas de l’Union après la Slovaquie (Union : 29,2)Eurostat ilc_di12, 2025
55 %du patrimoine net détenu par les 10 % des ménages les plus richesBanque nationale, 2e trimestre 2023
33,6 %à risque de pauvreté ou d’exclusion à Bruxelles, contre 11,4 % en FlandreEurostat ilc_peps11n, 2025

Dossier vérifié le 11 octobre 2026 · 26 affirmations contrôlées à la source · 25 sources liées · voir le registre · corrections
Prochaine mise à jour : enquête SILC 2026 (printemps 2027)

Comprendre en deux minutes

La Belgique est-elle un pays égalitaire, et la pauvreté y recule-t-elle ?

Pour les revenus, oui : la Belgique est le deuxième pays le moins inégalitaire de l’Union, et le taux de risque de pauvreté est tombé de 14,8 % en 2019 à 10,9 % en 2025. Les impôts et les allocations y jouent un grand rôle : sans les transferts sociaux (hors pensions), 23,0 % des habitants seraient sous le seuil. Mais deux réalités tempèrent ce constat : le patrimoine est beaucoup plus concentré que les revenus, et les écarts entre Régions sont très forts, Bruxelles cumulant les difficultés.

  1. Le seuil de pauvreté est relatif : il compare chaque ménage au niveau de vie médian du pays.
  2. Revenus et patrimoine ne racontent pas la même histoire : les revenus sont peu inégaux, le patrimoine l’est beaucoup plus.
  3. La baisse récente de la pauvreté monétaire n’est pas toujours ressentie sur le terrain, selon les associations.
Approfondir ↓
Avant les chiffres · les définitions

Trois façons de mesurer la pauvreté et les inégalités.

Tous ces chiffres viennent de la même enquête européenne auprès des ménages (SILC), menée en Belgique par Statbel, ou des comptes de patrimoine de la Banque nationale. Ils ne mesurent pas la même chose.

Relatif

Le risque de pauvreté

Eurostat, Statbel (enquête SILC)

Part des personnes dont le revenu disponible, ajusté à la taille du ménage, est inférieur à 60 % du revenu médian du pays. Le seuil bouge avec le niveau de vie de tous.

Sert à : mesurer qui décroche par rapport au niveau de vie courant.

Absolu

La privation sévère

Eurostat, Statbel (enquête SILC)

Part des personnes qui ne peuvent pas s’offrir au moins 7 biens ou activités sur 13 jugés nécessaires (chauffer son logement, faire face à une dépense imprévue, une semaine de vacances…).

Sert à : mesurer les privations concrètes, comparables entre pays.

Répartition

Les inégalités

Eurostat (revenus), Banque nationale (patrimoine)

Le coefficient de Gini résume les écarts de revenus, de 0 (tous égaux) à 100 (une personne a tout). La part du patrimoine détenue par les plus riches mesure la concentration de la richesse accumulée.

Sert à : décrire la répartition, pas seulement le bas de l’échelle.

→ on peut avoir peu de pauvreté monétaire et un patrimoine très concentré

Histoire · de l’assistance au droit

D’une aide à la charité à un droit inscrit dans la loi.

Le taux de risque de pauvreté a longtemps oscillé autour de 15 % en Belgique. Il recule nettement depuis 2019, alors qu’il reste stable dans l’ensemble de l’Union.

Taux de risque de pauvreté (60 % du revenu médian), en %, Belgique 1995-2025 et Union 2015-2025. Source : Eurostat, ilc_li02, consulté le 11 octobre 2026. Ruptures de série en 2003 (passage de l’enquête ECHP à SILC, pas de donnée en 2002) et en 2019 (réforme de l’enquête). L’année indiquée est celle de l’enquête ; les revenus portent sur l’année précédente.

Marge d’incertitude. Ce taux est estimé à partir d’une enquête (SILC, environ 6 000 ménages interrogés chaque année en Belgique selon Statbel) : il comporte une marge d’erreur. Pour 2024, dernier millésime dont l’intervalle de confiance à 95 % est publié, le taux de 11,4 % se situe entre 10,4 et 12,4 % (Bureau fédéral du Plan, indicators.be, indicateur i52, d’après Statbel, page du 31 octobre 2025). Le passage de 11,4 % en 2024 à 10,9 % en 2025 reste donc à l’intérieur de cette marge : il ne suffit pas, seul, à conclure à un recul. La baisse depuis 2019 (14,8 %), plusieurs fois plus large, est en revanche nette.

  1. 1944

    La sécurité sociale

    La sécurité sociale des travailleurs salariés est créée à la Libération : elle protège contre la perte de revenus liée au chômage, à la maladie ou à la vieillesse.

  2. 1974

    Le minimex

    La loi du 7 août 1974 institue un droit à un minimum de moyens d’existence pour ceux qui n’ont pas de ressources suffisantes.

  3. 1976

    Les CPAS

    La loi organique du 8 juillet 1976 crée les centres publics d’action sociale dans chaque commune, chargés de garantir à chacun une vie conforme à la dignité humaine.

  4. 2002

    L’intégration sociale

    Une nouvelle loi remplace le minimex par le droit à l’intégration sociale : un revenu, mais aussi un accompagnement vers l’emploi ou la formation.

  5. 2019-2025

    Une baisse marquée

    Le taux de risque de pauvreté passe de 14,8 % à 10,9 %. La chute apparente entre 2018 et 2019 vient en partie de la réforme de l’enquête et ne doit pas être comptée comme une baisse réelle (Coene et al., Armoede en sociale uitsluiting. Jaarboek 2021, Universiteit Antwerpen). Selon le SPF Sécurité sociale (analyse des résultats SILC 2024), la baisse depuis 2019 vient du recul de la pauvreté monétaire et de la diminution des ménages où l’on ne travaille presque pas ; l’efficacité des transferts sociaux a augmenté pendant une période où les prestations minimales ont été relevées. Pour les pensionnés, le Comité d’étude sur le vieillissement l’attribue principalement aux hausses réelles successives des pensions minimums et de la garantie de revenus aux personnes âgées (Bureau fédéral du Plan, 9 juillet 2026). La presse cite aussi les mesures de soutien des crises sanitaire et énergétique et la hausse du salaire minimum : ces deux explications n’ont pas été vérifiées dans une étude.

1974-2002 : Chambre des représentants, projet de loi concernant le droit à l’intégration sociale, DOC 50 1603/001, 23 janvier 2002 ; 1944 : voir le dossier Santé et le dossier Pensions. 2018-2025 : Eurostat ; explications : SPF Sécurité sociale, analyse SILC 2024, et Comité d’étude sur le vieillissement (2026) ; autres pistes rapportées par RTBF, 12 février 2026 (presse, avec le professeur Ive Marx, UAntwerpen).

Trois idées reçues

Idée reçue

« La pauvreté ne cesse d’augmenter. »

Faux selon la mesure officielle. Le taux de risque de pauvreté est passé de 14,8 % en 2019 à 10,9 % en 2025, à méthode d’enquête constante. Mais cette mesure relative ne capte pas tout : les associations ne voient pas reculer le recours à l’aide alimentaire.

Idée reçue

« La Belgique est un pays égalitaire. »

Vrai pour les revenus, pas pour le patrimoine. Le Gini des revenus est le deuxième plus bas de l’Union, mais les 10 % les plus riches détiennent 55 % du patrimoine net, et la moitié la moins riche 8,4 %.

Idée reçue

« Les jeunes s’appauvrissent. »

Pas selon le revenu. Le risque de pauvreté des 18-24 ans est passé de 16,0 % en 2019 à 12,6 % en 2025, à méthode d’enquête constante. D’autres dimensions (premiers emplois, accès à la propriété) ne sont pas mesurées ici ; le dossier Logement traite le logement des jeunes.

Fiche 01 · fait

Moins de pauvreté, surtout chez les aînés.

En 2025, 10,9 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Les enfants restent les plus exposés (14,5 %), devant les 18-24 ans (12,6 %) et les 65 ans et plus (9,3 %). Les privations sévères touchent 4,9 % de la population, contre 6,3 % dans l’Union. Le travail protège fortement : chez les moins de 65 ans, le risque de pauvreté est de 50,0 % dans les ménages où l’on ne travaille presque pas, de 1,5 % là où les adultes travaillent quasi à temps plein.

Taux de risque de pauvreté selon l’âge, Belgique, 2019 et 2025, en %. 2019 est la première année de l’enquête réformée : les deux années sont comparables. Source : Eurostat, ilc_li02 ; privation matérielle et sociale sévère : ilc_mdsd11 ; selon l’intensité de travail du ménage : ilc_li06. Consulté le 11 octobre 2026. Enquête SILC : l’année indiquée est celle de l’enquête ; les revenus déclarés portent sur l’année civile précédente (enquête 2025 = revenus de 2024).

Le taux de risque de pauvreté

Ce qu’il permet de dire

  • Quelle part des habitants a un revenu nettement inférieur au niveau de vie médian du pays.
  • Quels groupes (âge, type de ménage, Région) sont les plus exposés.
  • Comment cela évolue, avec une méthode européenne commune.

Ce qu’il ne permet pas de dire

  • Si les personnes vivent mal en absolu : le seuil dépend du niveau de vie des autres.
  • La situation des personnes absentes de l’enquête : sans-abri, personnes en institution, sans adresse.
  • Le patrimoine (logement possédé, épargne) et les coûts du logement.

Pour aller plus loin

  • La privation matérielle et sociale.
  • Le recours à l’aide alimentaire et aux CPAS.
  • La pauvreté après coût du logement.
Fiche 02 · fait

Les allocations divisent la pauvreté par deux.

Si l’on retire des revenus les allocations sociales (chômage, maladie, famille, aide sociale, mais pas les pensions), 23,0 % des habitants seraient sous le seuil en 2025. Après ces transferts, ils sont 10,9 %. Dans l’Union, l’écart est plus faible : de 24,4 % à 16,3 %. Les inégalités de revenus disponibles (Gini) reculent aussi.

Les transferts sociaux divisent par plus de deux le risque de pauvreté en BelgiqueAvant et après transferts : risque de pauvreté, 2025, en %
Des revenus moins inégaux que dans la moyenne de l’Union (Gini de 23,4 contre 29,2 en 2025)Coefficient de Gini : revenu disponible, Belgique 2014-2025 et Union 2015-2025

Sources : Eurostat, ilc_li10 (avant transferts, pensions exclues des transferts), ilc_li02 et ilc_di12 (rupture en 2019 pour la Belgique), consulté le 11 octobre 2026. Enquête SILC : l’année indiquée est celle de l’enquête ; les revenus déclarés portent sur l’année civile précédente (enquête 2025 = revenus de 2024).

attention

Le taux « avant transferts » est un calcul : il retire les allocations sans tenir compte de ce que les personnes feraient sans elles (travailler davantage, se loger autrement). Il montre l’ampleur de la redistribution, pas une situation qui existerait vraiment sans elle.

Le coefficient de Gini

Ce qu’il permet de dire

  • À quel point les revenus disponibles sont inégalement répartis, en un seul nombre.
  • Comparer pays et années avec la même méthode.

Ce qu’il ne permet pas de dire

  • Où se situe l’inégalité : en haut, au milieu ou en bas de l’échelle.
  • Les très hauts revenus, souvent mal captés par les enquêtes.
  • Les inégalités de patrimoine, mesurées à part.

Pour aller plus loin

  • Le rapport entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes.
  • Les données fiscales sur les hauts revenus.
Fiche 03 · fait

Trois Régions, et un patrimoine très concentré.

Le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale touche un Bruxellois sur trois (33,6 %), un Wallon sur cinq (20,0 %) et un Flamand sur neuf (11,4 %). Pour le patrimoine, l’écart est plus marqué encore : les 10 % des ménages les plus riches détiennent plus de la moitié du patrimoine net, la moitié la moins riche moins d’un dixième.

Bruxelles

33,6 %

à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, 2025

Wallonie

20,0 %

contre 25,0 % en 2019

Flandre

11,4 %

contre 13,9 % en 2019

Source : Eurostat, ilc_peps11n (rupture en 2019), consulté le 11 octobre 2026. Indicateur européen combinant risque de pauvreté, privation sévère et très faible intensité de travail du ménage ; Belgique : 16,5 %, Union : 20,9 %.

Marge d’incertitude. L’enquête est plus petite à l’échelle d’une Région, donc la marge plus large. Pour 2024, le Bureau fédéral du Plan publie, d’après Statbel, ces intervalles de confiance à 95 % : Bruxelles 37,3 % (de 34,3 à 40,3 %), Wallonie 21,8 % (de 20,1 à 23,5 %), Flandre 12,9 % (de 11,6 à 14,2 %), Belgique 18,3 % (de 17,3 à 19,3 %) (indicators.be, indicateur i01, page du 31 octobre 2025). Les écarts entre Régions dépassent largement ces marges ; une variation d’un ou deux points d’une année à l’autre doit être lue avec prudence.

Répartition du patrimoine net des ménages belges, 2e trimestre 2023, en % du total. Source : Banque nationale de Belgique, comptes distributionnels du patrimoine, communiqué du 8 janvier 2024.

La part du patrimoine des plus riches

Ce qu’elle permet de dire

  • À quel point la richesse accumulée (logement, épargne, placements, entreprises) est concentrée.
  • Comment cette concentration évolue d’un trimestre à l’autre.

Ce qu’elle ne permet pas de dire

  • Le niveau de vie courant, qui dépend surtout des revenus.
  • Une mesure exacte des très grandes fortunes : elles sont rares dans les enquêtes et estimées par modélisation.
  • Les droits à pension, qui ne sont pas comptés comme un patrimoine.

Pour aller plus loin

  • La part du logement dans le patrimoine.
  • La comparaison avec la zone euro.
Ce dossier en Europe · 27 pays

Et ailleurs en Europe ?

Choisissez un pays : les chiffres clés et les questions du débat se mettent à jour avec les données d’Eurostat, établies selon les mêmes définitions dans les 27 pays de l’Union.

Les chiffres de la Belgique

Questions du débat, en chiffres

Réponses calculées à partir des données : elles situent le pays parmi les autres, elles n’expliquent pas pourquoi.

    Comparer les pays

    Cochez ou décochez les pays ; le tableau sous le graphique donne les valeurs exactes. Tous les indicateurs : page Comparer.

    Recherche · ce que savent les chercheurs

    Quatre questions, des niveaux de preuve différents.

    Chaque conclusion porte un badge (adapté de la grille du GIEC) et chaque étude, selon sa nature, son niveau sur l’échelle de Maryland (évaluations d’impact, de 1 à 5) ou son type (méta-analyse, revue, statistique officielle, étude descriptive…). Voir la méthode.

    ÉtabliMajoritaireDébattuPeu étudié
    Comment ces études ont été choisies

    Ce n’est pas une revue systématique : la sélection est raisonnée, pas exhaustive. Les études sont cherchées dans les revues de littérature et méta-analyses récentes, dans les bases d’articles et de documents de travail en sciences sociales (Google Scholar, RePEc, NBER, IZA) et dans les publications des institutions et centres de recherche belges (Banque nationale, Bureau fédéral du Plan, Conseil supérieur de l’emploi, universités).

    Retenues : les études publiées (revue à comité de lecture, document de travail d’une institution reconnue ou rapport public), dont la méthode est décrite, portant sur la Belgique ou sur un pays comparable ; les études belges sont privilégiées quand elles existent. Écartées : les textes d’opinion, les études sans méthode décrite et celles qui n’ont pas pu être lues à la source. Quand des études sérieuses aboutissent à des conclusions opposées, le badge « Débattu » l’indique et les deux côtés sont cités.

    Une étude importante manque ? Signalez-la (voir la méthode, point 07).

    Du chiffre à la décision

    Quatre leviers, et aucun sans contrepartie.

    Réduire la pauvreté, limiter les inégalités, encourager le travail, financer la protection sociale : ces objectifs entrent souvent en tension. Pour chaque levier : le mécanisme, ce qui est documenté, ce qui reste incertain et ce qu’on sacrifie. Le site ne recommande aucune combinaison.

    Relever les allocations minimales

    Le mécanisme
    Rapprocher les revenus minimaux (aide sociale, chômage, pension minimum) du seuil de pauvreté.
    Ce qui est documenté
    documenté Les transferts sociaux font passer le risque de pauvreté de 23,0 % à 10,9 % en 2025 (Eurostat). Les spécialistes associent la baisse récente aux revalorisations des minima.
    Ce qui reste incertain
    hypothèse L’effet sur l’incitation à travailler, quand l’écart entre allocation et salaire se réduit.
    Ce qu’on sacrifie
    Un coût budgétaire, en période de déficit public élevé.

    Augmenter le salaire minimum

    Le mécanisme
    Relever le revenu des travailleurs les moins payés et l’écart avec les allocations.
    Ce qui est documenté
    documenté Aux États-Unis, 138 hausses de salaire minimum n’ont pas réduit le nombre d’emplois peu payés dans les cinq ans (Cengiz et al., 2019).
    Ce qui reste incertain
    Les effets de fortes hausses, et dans les secteurs exposés à la concurrence internationale.
    Ce qu’on sacrifie
    Un risque pour l’emploi des moins qualifiés si la hausse est trop forte, selon d’autres chercheurs.

    Taxer davantage le patrimoine

    Le mécanisme
    Impôt sur les grandes fortunes, sur les plus-values ou sur les successions.
    Ce qui est documenté
    documenté Le patrimoine est très concentré : 55 % pour les 10 % les plus riches (Banque nationale, 2023).
    Ce qui reste incertain
    hypothèse Le rendement réel d’un tel impôt, face aux possibilités de départ et d’optimisation.
    Ce qu’on sacrifie
    Une part de l’investissement et de la transmission familiale, selon ses opposants.

    Miser sur l’emploi

    Le mécanisme
    Réduire la pauvreté par le travail : activation, formation, limitation dans le temps des allocations.
    Ce qui est documenté
    documenté Chez les moins de 65 ans, 50,0 % des personnes vivant dans un ménage où l’on ne travaille presque pas sont sous le seuil de pauvreté, contre 1,5 % là où les adultes travaillent quasi à temps plein (Eurostat, 2025) ; le dossier Emploi présente ce que l’on sait des politiques d’activation.
    Ce qui reste incertain
    L’effet de la limitation dans le temps des allocations de chômage décidée par le gouvernement fédéral, pas encore observable.
    Ce qu’on sacrifie
    Le revenu de ceux qui ne trouvent pas d’emploi, reportés vers les CPAS.

    Les arbitrages : on ne peut pas tout maximiser à la fois

    Si l’on privilégie…… on prend le risque de sacrifier
    Des minima sociaux élevésL’écart avec les bas salaires, et donc une partie de l’incitation à travailler
    Une fiscalité légère sur le patrimoineLa réduction des inégalités de richesse
    L’activation des allocatairesLa protection de ceux qui ne peuvent pas travailler
    Des allocations universellesUn coût plus élevé que des aides ciblées

    « Documenté » signifie établi par des études ou des statistiques officielles ; « hypothèse » signifie plausible mais non démontré. Les effets cités viennent de la partie Recherche et des fiches, avec leurs sources.

    Ce que proposent des chercheurs de bords différents

    Pour chaque piste : qui la défend, ce que la preuve en dit, et sa limite. L’orientation qualifie la proposition, pas la personne : un même chercheur peut défendre des idées classées différemment selon les sujets. Références ouvertes à la source le 14 octobre 2026.

    OrientationPropositionChercheursCe que dit la preuveLimite
    Redistribution par le patrimoine (gauche)Impôt progressif sur la fortune des plus richesSaez et Zucman 2019, Brookings PapersBase imposable estimée à 9-13 000 milliards $ pour le 0,1 % supérieur ; scénario modéré à 3 % au-delà d’un milliardEstimation d’évasion et de recettes très débattue ; les auteurs ont conseillé des campagnes politiques
    Revenu de base universelAllocation inconditionnelleVan Parijs et Vanderborght 2017, Harvard UPArgument philosophique et économique (liberté réelle, simplification)Peu de preuves expérimentales à grande échelle ; coût
    Impôt négatif (libéral)Remplacer les aides ciblées par un impôt négatif sur le revenuFriedman 1962, Capitalism and FreedomSimplicité, incitations au travail préservéesProposition théorique ; arbitrage niveau / coût / incitations
    Adéquation des minimaRelever les minima sociaux au seuil de pauvretéSPF Sécurité sociale 2024Plusieurs minima belges restent sous le seuil de risque de pauvretéCoût budgétaire ; pièges à l’emploi à surveiller
    Lectures · question de valeurs

    Quelles inégalités sont justes ?

    Faut-il réduire les écarts, garantir un minimum, ou protéger ce que chacun a acquis ? Les chiffres ne tranchent pas. Neuf traditions répondent, chacune par son meilleur argument et sa principale critique. L’ordre change à chaque visite.

    Qui décide de la redistribution ?

    L’essentiel des instruments (sécurité sociale, impôt sur les revenus, revenu d’intégration) relève de l’État fédéral, mais les CPAS, les Régions et les partenaires sociaux jouent un rôle important.

    État fédéral

    • Sécurité sociale : chômage, maladie, pensions
    • Impôt des personnes physiques et revenu d’intégration
    • Indexation des allocations

    Partenaires sociaux

    • Salaire minimum interprofessionnel, négocié au Conseil national du travail
    • Gestion paritaire de la sécurité sociale

    Régions, Communautés, CPAS

    • Allocations familiales (depuis la sixième réforme de l’État)
    • Logement social, aides énergie régionales
    • CPAS : revenu d’intégration et aide sociale dans chaque commune

    Union européenne

    • Objectif 2030 de réduction de la pauvreté et de l’exclusion sociale
    • Directive de 2022 sur des salaires minimaux adéquats
    Limites · ce que ces chiffres ne disent pas

    Six pièges à éviter.

    1. 1

      Confondre pauvreté relative et pauvreté absolue

      Le seuil de 60 % du revenu médian monte quand le niveau de vie général monte. Un pays riche peut avoir plus de « pauvres » relatifs qu’un pays pauvre.

    2. 2

      Oublier ceux que l’enquête ne voit pas

      Les personnes sans-abri, sans adresse ou vivant en institution ne sont pas interrogées : la pauvreté la plus grave échappe en partie à ces chiffres.

    3. 3

      Lire l’année de l’enquête comme l’année des revenus

      L’enquête de 2025 porte sur les revenus de 2024 : les chiffres ont toujours un temps de retard sur les décisions politiques.

    4. 4

      Juger l’égalité sur les seuls revenus

      Revenus et patrimoine racontent des histoires différentes ; l’un ne peut pas remplacer l’autre.

    5. 5

      Comparer des Régions sans regarder leur population

      La composition de la population (âge, taille des ménages, emploi) diffère fortement d’une Région à l’autre : une partie de l’écart vient de qui y habite, pas seulement des politiques menées.

    6. 6

      Prendre « avant transferts » pour une situation réelle

      Ce chiffre est un calcul qui ne tient pas compte des comportements : il mesure l’ampleur de la redistribution, pas un monde sans elle.

    Prolongements

    Pour comprendre, il faut aussi examiner…

    Les phénomènes sont liés, mais deux chiffres qui évoluent ensemble ne s’expliquent pas forcément l’un par l’autre. Chaque lien dit pourquoi il est utile et où il s’arrête.

    • Dossier

      Emploi et inactivité

      Pourquoi ce lienLe travail est la première protection contre la pauvreté : chez les moins de 65 ans, 50,0 % des personnes vivant dans un ménage où l’on ne travaille presque pas sont sous le seuil.

      Sa limiteL’emploi ne suffit pas toujours : temps partiel, bas salaires et charges de famille peuvent maintenir sous le seuil des ménages qui travaillent.

    • Dossier

      Pensions et vieillissement

      Pourquoi ce lienLe risque de pauvreté des 65 ans et plus a fortement baissé (9,3 % en 2025) ; le dossier Pensions montre aussi que les pensions restent basses par rapport aux salaires de fin de carrière.

      Sa limiteUn revenu au-dessus du seuil n’exclut pas les difficultés, notamment pour les locataires.

    • Dossier

      Éducation

      Pourquoi ce lienLe diplôme compte beaucoup pour l’emploi, donc pour le risque de pauvreté ; l’école reproduit aussi une partie des inégalités sociales.

      Sa limiteLe diplôme est un marqueur de la position sociale autant qu’une cause : il ne suffit pas à expliquer les écarts.

    • Dossier

      Logement

      Pourquoi ce lienLe taux de pauvreté est calculé avant coût du logement ; or 59,5 % des personnes sous le seuil sont locataires, et 31,3 % d’entre elles consacrent plus de 40 % de leur revenu au logement.

      Sa limiteLa surcharge des coûts du logement repose sur un seuil conventionnel de 40 %.

    Vérifier sa compréhension · questions de transfert

    Et ailleurs, ça marche comment ?

    Ces questions ne testent pas la mémoire des chiffres : elles vérifient qu’on sait appliquer le mécanisme à une situation nouvelle. Chaque réponse est expliquée.

    1. Dans un pays, tous les revenus doublent du jour au lendemain, prix inchangés. Que devient le taux de risque de pauvreté ?

    2. Deux pays ont le même coefficient de Gini des revenus. Peut-on en conclure qu’ils sont aussi égalitaires l’un que l’autre ?

    Citer ce dossier

    un chiffre juste, avec sa source →

    Sources · consultées le 11 octobre 2026

    D’où viennent ces chiffres.

    Niveau 1 · statistiques officielles

    1. Eurostat, enquête SILC : ilc_li02 (risque de pauvreté), ilc_li10 (avant transferts), ilc_li01 (seuils), ilc_peps01n et ilc_peps11n (pauvreté ou exclusion), ilc_mdsd11 (privation), ilc_di12 (Gini), ilc_li06 (intensité de travail).
    2. Banque nationale de Belgique (2024). Comptes distributionnels du patrimoine, communiqué du 8 janvier 2024.

    Histoire et droit

    1. Chambre des représentants (2002). Projet de loi concernant le droit à l’intégration sociale, DOC 50 1603/001.

    Niveau 6 · presse

    1. RTBF, 12 février 2026.

    Niveau 2 · recherche

    Œuvres citées dans les lectures

    • Atkinson, A. (2015). Inequality: What Can Be Done? Harvard University Press.
    • Hayek, F. (1976). Law, Legislation and Liberty, vol. 2 : The Mirage of Social Justice. Routledge.
    • Marx, K. (1867). Le Capital, livre I.
    • Murray, C. (1984). Losing Ground. Basic Books.
    • Nozick, R. (1974). Anarchy, State, and Utopia. Basic Books.
    • Rawls, J. (1971). A Theory of Justice. Harvard University Press.
    • Townsend, P. (1979). Poverty in the United Kingdom. Penguin.

    Rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle pour la collecte et la mise en forme ; chaque chiffre et chaque référence ont été vérifiés à la source, et la relecture finale est humaine. Une erreur ? Chaque correction est datée et publiée. Méthode complète : page Méthode.

    Journal des corrections · 11 octobre 2026 : première publication ; ajout des liens vers le dossier Logement. 12 octobre 2026 : les évolutions de la pauvreté partent désormais de 2019, première année comparable après la réforme de l’enquête (au lieu de 2017-2018) ; chiffres de patrimoine de 2026 relayés par la presse retirés. 14 octobre 2026 : marges d’incertitude de l’enquête SILC ajoutées (Belgique et Régions, intervalles de confiance publiés pour 2024). Correction : étude de Card et Krueger, la mention « l’emploi a même augmenté » est retirée (elle figurait encore dans la partie Recherche) ; Neumark et Wascher cités d’après leur revue vérifiable (NBER, 2006). Ajout : trois études belges (SPF Sécurité sociale 2024 ; HIVA 2018 ; Banque nationale 2020) et une quatrième question sur les plus hauts revenus (Decoster et al., 2019). Explications de la baisse de la pauvreté : sources officielles (SPF Sécurité sociale, Comité d’étude sur le vieillissement) à la place de la presse.

    Comment citer ce dossier

    Bauchau, T. (2026). Inégalités et pauvreté [dossier]. Au plus Juste, version du 11 octobre 2026. Consulté le …, à l’adresse https://auplusjuste.be/dossier-inegalites.html

    Pour un chiffre précis, citez aussi sa source primaire (indiquée sous chaque graphique) : Au plus Juste rassemble et explique des données, il ne les produit pas. Les données de chaque graphique sont téléchargeables (« Voir les données du graphique »). Code et données du site : dépôt public GitHub.